Sylvie Nay – TSTA – La panique est bien mauvaise conseillère

La panique est bien mauvaise conseillère

 

Quels dilemmes doivent vivre nos gouvernants… ma définition préférée du dilemme est : « plusieurs nuits sans sommeil » car si, à l’évidence, il n’y a pas de bonne solution, nous sommes alors contraints à chercher la moins pire. 

Au cœur de cette crise sanitaire qui vient mettre en relief nos interdépendances qu’elles soient au niveau macro ou au niveau micro, il me semble essentiel de nous responsabiliser. Notamment en tenant ce qui nous est demandé aussi rude cela soit-il. Je pense, ici, aux familles confinées dans de petits appartements sans accès à la nature, à ceux qui sont interdits de visite à leurs ainés en EHPAD, à la douleur de ne pouvoir se rendre à un enterrement…

Il m’importe aujourd’hui de partager ma réflexion sur les risques sociaux de chacune de nos actions, de chacune de nos paroles. Ainsi dans cette épreuve, il est difficile de se faire une idée sur le niveau de gravité de cette crise sanitaire quand les consignes semblent incohérentes : comme le « Restez chez vous » avec l’exhortation aux entreprises à poursuivre leurs activités. Je fais l’hypothèse qu’il peut se glisser des enjeux autres que sanitaire. En premier lieu, ouvrir un maximum de parapluies pour ne pas être mis en cause. Car la propension de nos sociétés est de rechercher Le Coupable. Tentation de toute puissance, qui peut nous faire basculer dans l’exigence d’être protégé de tout risque et, in fine, de la mort.

Ce que je constate, c’est que la plupart des politiques et des médias traitent ce problème sanitaire comme s’il s’agissait de la peste ou du choléra qui ont décimé une grande partie de l’Europe au Moyen âge et nous portons cela dans notre inconscient collectif. De quoi venir nous affoler alors même qu’il est clair que ses conséquences données quasi heure par heure sont moindres que celles de la grippe saisonnière. 

Pour ma part, je réfléchis à comment ne pas participer à la panique qui gagne nos sociétés. Il y a quelques années, j’ai lu l’essai « La panique » (Les empêcheurs de penser en rond / Le Seuil) de Jean-Pierre Dupuy. Il y « explique que chaque personne a un seuil propre au-delà duquel elle bascule dans la panique. Ce seuil est lié, pour une part, aux expériences et aux croyances individuelles de la personne. Pour une autre part, l’effet de seuil est impacté au niveau groupal par le nombre de personnes manifestant des comportements de panique. Quand ce nombre est atteint, la personne qui jusque là ne paniquait pas panique à son tour, affectant alors le seuil d’autres personnes qui se mettent à paniquer à leur tour, et ainsi de suite. »*

Comme mon seuil n’est pas atteint, je peux mobiliser mon énergie à une de mes dynamiques de vie : la résistance. Je nous invite à penser que toute mesure de précaution au-delà de ce que les arrêtés gouvernementaux obligent ou interdisent peut être un signe de panique qui ferait basculer de nouvelles personnes dans la panique. 

Je nous souhaite à chacun d’avoir la force de résister au phénomène non contrôlable de panique de groupe. Et à développer sans modération des contre-poisons comme la responsabilisation et la solidarité. 

Et, pour conclure, je donne la parole à Gandhi : « Quand il y a conflit entre deux devoirs, c’est la « petite voix tranquille » en vous qui doit être le suprême arbitre. »

Sylvie Nay
20 mars 2020

 

* Extrait de « L’homme sans visage », article écrit en juin 2011 pour les Actualités en Analyse Transactionnelle qui titrait Peur de mourir, peurs de vivre (vous apprécierez le jeu du singulier et du pluriel). J’y fais l’hypothèse d’un circuit du sentiment parasite social, ce qui se révèle d’actualité.

 

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