Sylvie Nay – TSTA – Un petit air de flûte

Un petit air de flûte

 

Au moment des attentats, j’ai passé beaucoup de temps dans ma voiture. De longues heures à
écouter des éditions spéciales. Soudain, isolée au milieu de nombreuses réflexions sur la
sécurité, une question attire mon attention : comment se fait-il que des enfants qui ont grandi
dans le cadre de la République française se retournent contre la France ? S’impose alors à moi
l’image d’un homme entrainant une cohorte d’enfants au son de sa flûte.
Il était une fois la ville de Hamelin infestée par les rats, la terre en était noire. Le bourgmestre
de la ville promit à un étranger cent ducats d’or pour qu’il débarrasse la cité des rongeurs qui
menaçaient les habitants de famine. L’homme tira de son sac une flûte et se mit à jouer. Les
rats, en entendant cet air, le suivirent jusqu’à la rivière où ils se noyèrent. Quand le joueur de
flute revint pour toucher sa récompense, les villageois, n’ayant plus rien à craindre des rats, le
gratifièrent de dix ducats et le chassèrent. Un autre jour, le joueur de flûte revint au village.
Cette fois-ci se sont les enfants qui le suivirent et les parents ne les revirent jamais.
Cette légende ouvre une piste de pensée au niveau systémique du don et de la dette dont
Marcel Mauss fut l’un des premiers théoriciens. Réfléchir en termes de système permet
d’éviter de tomber dans le piège – d’autant plus grand face à l’horreur des actes terroristes –
de réagir en tout bon et tout mauvais.
Quand la violence émerge dans notre société (que ce soit dans nos familles, nos écoles, nos
entreprises, nos institutions, …) y a-t- il une dette, des devoirs non assumés voire déniés ?
Question ô combien dérangeante puisqu’elle invite chacun de nous à regarder en soi sa part de
villageois d’Hamelin qui fait qu’un petit air de flûte puisse devenir fascinant et faire (se)
perdre des enfants. Nous participons tous à un système qui, tout à la fois, engendre et subit de
la barbarie humaine. C’est cette conscience qui est à l’origine de la Déclaration Universelle
des Droits de l’Homme adoptée en 1948 par l’ONU. Revenir à ce grand texte pour faire le
point pourrait ouvrir une suite dynamique aux grands rassemblements du week-end dernier.

Sylvie Nay
12 janvier 2015

 

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