Sylvie Nay – TSTA – Mensonges merveilleux

MENSONGES MERVEILLEUX

 

Nous étions à quelque jours de Noël lorsque j’ai lu le texte de France Brécard, « Mentir c’est pas beau
et pourtant !!! ». J’ai alors pensé au Père Noël, « mensonge » qui fait toujours briller les yeux des
enfants, génération après générations. Au même titre que la Petite Souris qui court d’un oreiller à un
autre, ou le Lapin de Pâques affairé à cacher ses oeufs partout. Comme dans des contes merveilleux,
où interviennent des éléments féeriques, des opérations magiques, des événements miraculeux propres
à enchanter les plus petits. Toutefois, ce ne sont pas des contes, car le Père-Noël, la Petite Souris et le
Lapin de Pâques s’incarnent dans la vie de l’enfant. Les cadeaux, la piécette et les oeufs en chocolat
sont bien réels.
S’agirait-il alors de ces mensonges-omission qui, comme l’écrit France Brécard à propos de
l’omission, « n’en [sont] presque pas un » ? C’est vrai, que l’on se garde bien de dire à l’enfant que ce
ne sont que des histoires à « dormir debout ». En effet, tous ces personnages ne viennent que pendant
le sommeil de l’enfant. Combien de petits ont essayé de retarder le passage du Marchand de sable,
pour au moins apercevoir le traîneau et les rennes du Père Noël ? Il y a même parfois une conspiration
du silence : les aînés, trop fiers d’être dans le secret des « grands », ne disent rien voire en rajoutent. Il
y a aussi les enfants, ceux dont les parents n’ont pas voulu leur « faire avaler » de telles fariboles, qui
cherchent à révéler que le Père-Noël n’existe pas. C’est souvent peine perdue. Une fillette de huit ans,
s’accrochant au mensonge merveilleux, a ainsi répondu avec fermeté : « oui mais moi je veux encore y
croire ! »
Si l’omission n’est presque pas mensonge, elle est mensonge et le Père-Noël est mensonge. Si
l’omission est un presque mensonge, c’est à dire un non mensonge, alors le Père-Noël n’est pas
mensonge. La question est difficile tant la frontière entre les deux semble mince. C’est peut-être le
vécu de l’enfant, émerveillement ou non, qui va aider à apporter des réponses. En interrogeant certains
de ces parents qui ne veulent surtout pas que leurs enfants croient au Père-Noël, j’ai reçu des
témoignages de blessures d’enfance donnant à réfléchir. Pour les uns, le Père-Noël avait servi à les
manipuler : « si tu n’es pas sage alors c’est le Père Fouettard qui va venir ! » Pour les autres, leurs
parents avaient nié que c’était eux qui apportaient les cadeaux. S’en était suivi des situations difficiles.
Les moqueries de leurs copains mettaient en cause leur capacité à grandir ou ruinaient leur confiance
en eux-même. Avec de surcroît, l’amère déception de découvrir la « trahison » des parents.
Si les contes de fées ont traversé les millénaires et le Père-Noël est déjà un vieux monsieur, c’est que
le merveilleux, auquel appartiennent Père-Noël, Petite Souris et Lapin de Pâques, est un élément
important dans le développement du jeune enfant. Comme il s’agit de développement donc de
construction et de changement, il n’est pas possible de répondre à la question : faut-il tout dire ou ne
rien dire quand l’enfant exerce sa curiosité à propos du merveilleux ? Le « tout dire » vise la complète
transparence. Le « ne rien dire » renvoie à un silence de mort. Pour autant que l’un et l’autre évitent le
mensonge, ils risquent de nuire au développement de l’enfant. Je pense que la réponse est dans la
recherche d’un équilibre entre franchise et réserve. Equilibre permettant à l’enfant de dépasser, à son
rythme, le presque mensonge en trouvant par lui-même la réponse à ses questions.

 

Sylvie Nay
Pour le forum « Mentir c’est pas beau et pourtant !!! »
des Actualités en Analyse Transactionnelle
n° 137 de janvier 2011

 

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